Face aux menaces de maladies infectieuses émergentes, un accès rapide à l’expertise est essentiel. C’est pourquoi la Graduate School 1H-EID a décidé d’organiser un webinaire exceptionnel : pour rester étroitement connectée à l’actualité et apporter une réponse scientifique rapide aux alertes de santé publique en évolution.

Cliquez ici pour visionner le replay de notre session exceptionnelle sur l’hantavirus.

La récente épidémie de hantavirus, à la suite de décès survenus à bord d’un navire de croisière, a mis en lumière l’importance de la collaboration internationale et des échanges de connaissances. Cette situation inhabituelle et complexe a soulevé de nombreuses questions pour les professionnels et professionnelles de santé et a souligné la nécessité de s’appuyer sur l’expérience des équipes travaillant déjà sur ces pathogènes.

Le webinaire a réuni un expert et une experte, le Professeur Loïc Epelboin et le Professeur Solen Kernéis, pour partager leurs analyses, avec un focus particulier sur les travaux conduits par le Pr. Epelboin et ses collègues sur le virus Maripa en Guyane française. Leurs recherches apportent des éclairages précieux sur la biologie des hantavirus, leur relation avec le variant du virus Andes, et les mesures pratiques nécessaires à la préparation et à la prise en charge des patients et patientes.

Selon le Pr. Loïc Epelboin, le hantavirus en Guyane française n’est pas un artefact historique, mais une menace zoonotique active et évolutive, qui requiert une vigilance transdisciplinaire :

Pour la vigilance clinique, nous devons dépister (sérologie et PCR) toutes les pneumonies atypiques communautaires. Nous devons être particulièrement attentifs aux patientes et patients présentant des symptômes gastro-intestinaux et une hémoconcentration / hypoprotéinémie paradoxale comme premiers signes d’alerte diagnostique. Pour la surveillance écologique, nous devons maintenir un piégeage éco-épidémiologique continu et surveiller les changements d’utilisation des terres (tels que les pratiques d’abattis-brûlis et l’urbanisation non planifiée) qui favorisent les contacts entre l’homme et les rongeurs Oligoryzomys / Zygodontomys. Pour la santé publique et la sensibilisation communautaire, l’expérience de 2023 a démontré l’intérêt de pérenniser les programmes de médiation sanitaire mobile, notamment via la Croix-Rouge. L’éducation à la santé environnementale demeure la seule mesure prophylactique viable dans les quartiers informels où les interventions infrastructurelles font défaut.”

Les participantes et participants ont également eu l’occasion de prendre connaissance de l’évaluation rapide des risques de transmission réalisée à l’Hôpital Bichat à Paris, où le Pr. Kernéis et son équipe prennent actuellement en charge des cas confirmés ainsi que leurs contacts. Les échanges ont porté sur le processus décisionnel en conditions réelles, depuis l’évaluation des paramètres de transmission jusqu’à la mise en œuvre des mesures de prévention et de contrôle des infections.

“Revenir sur cette épidémie de hantavirus (qui a mobilisé intensément les soignantes et soignants de l’Hôpital Bichat) est indispensable pour se préparer à la suivante. La coordination internationale est un facteur clé. Dans l’ensemble, la préparation a été bien gérée, du moins dans l’établissement où je travaille ; cependant, la formation et le maintien des compétences des professionnels de santé restent un défi majeur. J’ai également constaté une variation considérable dans la prise en charge des cas contacts dans les pays où des patients ont été identifiés, ce qui souligne la nécessité d’établir des procédures standardisées à l’échelle internationale, aussi difficile que cela puisse être.Pr. Solen Kernéis

Au-delà des aspects scientifiques, le webinaire a constitué une plateforme d’échange d’expériences pratiques sur l’organisation des parcours de soins, la protection des soignants et la sécurité des patients comme du personnel hospitalier. En partageant une expertise de terrain, des initiatives de ce type contribuent à renforcer la préparation, à consolider la réponse collective aux maladies infectieuses ré-émergentes, et à souligner l’importance d’une réponse internationale coordonnée.

À lire aussi